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lundi 11 mars 2013

Tout va bien, ou presque.

     Cet article est un petit bricolage qui tourne autour d'un Screenshot (photo d'écran pour les non-geeks) fait il y a quelques temps et qui symbolise certains maux du système dans lequel nous vivons.


     Je me connecte un matin sur le site www.challenges.fr et je vois que Danone est en tête des "tops" de la bourse du jour. Une bonne nouvelle qu'un grand groupe Français comme Danone plaise à ce point aux investisseurs ce jour là! Probablement la traduction de bons résultats et de l'ambition d'une grande entreprise alors même que la crise fragilise l'économie, c'est sûrement une bonne nouvelle.

     Et puis non. Ce n'est pas exactement cela. Pas du tout même. Danone a en fait annoncé un plan de suppression de 10% de ses cadres en Europe. La nouvelle est donc catastrophique, en tout cas en terme macro-économique, c'est à dire très concrètement en terme de chômage par exemple.

     Mais pourtant, il y a en haut de l'image cette augmentation de plus de 5% du prix de l'action. Et cela signifie toujours très concrètement que si vous aviez eu le la chance d'acheter l'action la veille et que vous la vendiez au moment précis ou j'ai pris cette photo, vous auriez gagné plus avec l'argent "placé" sur cette action en quelques heures que vous en gagnerez probablement toute l'année avec la même somme placée sur votre livret A (environ 2 fois plus). Il est d'ailleurs probable que si vous ne l'avez pas fait, d'autres l'ont fait pour vous (peut être même les banquiers chez qui vos économies sont mal rémunérées,  mais c'est un autre débat).
     Or, le cours d'une action en bourse est déterminé comme sur la plupart des marchés : par l'offre et la demande. Cela veut dire que si le prix de l'action de Danone a augmenté à ce moment,  c'est que l'annonce de ce plan de suppression de 10% des cadres en Europe a beaucoup séduit les investisseurs (ou plutôt spéculateurs dans ce cas).

     C'est gênant, vous ne trouvez pas ?

     C'est pourtant la norme. Et si les actionnaires ne sont pas censés faire la loi, je rappelle tout de même que ces actionnaires sont en partie propriétaires des entreprises, et que pour être certains que les objectifs des dirigeants soient les mêmes que les leurs, la rémunération des dirigeants dépend souvent en (grosse) partie du cours de l'action. On fait en sorte que les dirigeants deviennent des actionnaires pour qu'ils prennent les "bonnes" décisions. Ici, il s'agit d'une décision qui augmente le taux de chômage en Europe.

     Je ne dis absolument pas que cette décision n'a pas un sens sur le plan microéconomique (c'est à dire au niveau du comportement des acteurs économiques pris individuellement). Mais voilà le système qui décide de tout aujourd'hui. Et pas seulement dans le monde privé. La fonction publique est gouvernée par les mêmes causes. Lorsque les fameux "marchés" prêtent de l'argent aux états, ils le font en suivant les mêmes règles. Ce sont d'ailleurs parfois les mêmes agents économiques. En clair, pour obtenir de l'argent sur les marchés et garantir l'activité normal des états, ces derniers doivent eux aussi "séduire" les investisseurs. Une suppression de 10% des cadres semble être un bon moyen d'y parvenir... Dirigeants politiques, à vous de jouer! (Ils n'ont d'ailleurs pas besoin de moi, après tout qu'est ce que l'austérité...?)

     Je ne critique pas Danone, car ce genre de décision est motivée par d'autres facteurs comme la concurrence qui pousse chaque agent a réduire ses coûts de fonctionnement. Je ne critique pas les personnes qui ont vu dans cette annonce un moyen de gagner de l'argent, car elles font finalement preuve d'une capacité d'adaptation et que c'est là une définition de l'intelligence. Ce qui est critiquable, c'est le système dans lequel nous vivons. Alors cet article ne changera pas le monde. Mais si chacun avait déjà une connaissance précise des éléments qui dictent les décisions des dirigeants du monde actuel, qu'il s'agisse de dirigeants d'entreprises ou de dirigeants politiques, nous serions capable de participer plus activement aux décisions qui déterminent une bonne part de nos existence, ne serait-ce que par le choix démocratique de nos élus en fonction de leurs idées (c'est moins drôle que le physique, mais ça compte aussi).

     Cela revient à dire que si l'information était mieux partagée (notamment grâce à l'éducation), l'intérêt de la majorité finirait forcément par l'emporter. Au lieu de ça, une poignée s'enrichit sur la "masse" et c'est la raison pour laquelle les dernières décennies sont celles qui ont accouchées du plus grand nombre de milliardaires alors même que les problèmes liés à l'extrême pauvreté touchent toujours des milliards de personnes.

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